Vil(l)e incertitude.
Cette fille était comme cette ville qu’il aimait tant. Il fut séduit la première fois qu’il la vit. Après un bel après-midi il dut toutefois la quitter, se promettant de la revoir au plus vite. Il sut que ce ne fut qu’un au revoir. Quelques mois passèrent. La parole fut tenue. Il habita cette ville, il revit cette fille.
Elle était belle, mais pas exceptionnelle. Il y en avait d’autres bien plus jolies. Mais elle avait cette simplicité de façade qu’il recherchait cachant ces passages qu’il faut apprendre à découvrir. Ces chemins où on la découvre véritablement. Ceux où l’on s’y sent chez soi, en confiance. Cette fille était comme cette ville. Elle ne se livrait pas au premier touriste fraichement débarqué. Elle voulait prendre le temps, lascive mais aussi joueuse.
Il avait eu du mal à ne pas s’attacher. Il lui avait promis ses pensées, abandonné ses premières amours. Il s’était montré disponible pour elle. Sans relâche il avait voulu tout savoir d’elle. Ne jurer que par elle. Il n’en voulait pas d’autres. De son côté, elle semblait l’encourager dans sa quête. Elle était réceptive, parfois un peu longue à se décider. Mais elle finissait par répondre présente.
Jusqu’à ce que ce lien devienne trop intime. Cette fille comme cette ville lui renvoyait à la figure sa propension à ne pas s’attacher. Une sorte de punition pour ce garçon qui a toujours eu peur des impasses. Un double créé à son image pour le tourmenter. Quand il avait besoin d’elle, elle ne répondait plus ou bien repoussait les prochains rendez-vous. Il y avait toujours une excuse pour ne pas concrétiser cette union. Il faisait des sacrifices pour elle comme elle semblait l’inviter à le faire mais le moment venu, elle se dérobait à chaque fois. Était-elle aussi effrayée à l’idée de privatiser son image, de perdre des opportunités ?
Alors il se mettait à douter. Il faut que j’aille voir ailleurs, se disait-il. D’autres seront prêtes à m’accueillir. Mais à peine eut-il laissé son esprit vagabonder à quelques infidélités qu’elle revenait à la charge. Un petit message innocent pour lui rappeler son existence, un soleil radieux impromptu pour l’inviter à une balade sur ses berges. Et il craquait, il ne pouvait être autrement. Il avait quelques faiblesses, toutefois elles n’égalaient pas son besoin d’un peu de chaleur. Il s’attachait trop vite, comme pour pallier cette solitude qu’il s’imposait depuis des années.
Il restait néanmoins lucide sur sa condition, comme toujours. Il faudrait faire un choix. Arrêter d’être lâche. La date approchait. Bientôt il saurait.