La vie de l'impetueux Capitaine Flirt. En vrai.

Un jour, on nait. Et puis un jour, on a compris qu'on s'etait plante dans le point de depart. Et alors on nait encore une fois. Mais la, c'est mieux.

Vil(l)e incertitude.

Cette fille était comme cette ville qu’il aimait tant. Il fut séduit la première fois qu’il la vit. Après un bel après-midi il dut toutefois la quitter, se promettant de la revoir au plus vite. Il sut que ce ne fut qu’un au revoir. Quelques mois passèrent. La parole fut tenue. Il habita cette ville, il revit cette fille.

Elle était belle, mais pas exceptionnelle. Il y en avait d’autres bien plus jolies. Mais elle avait cette simplicité de façade qu’il recherchait cachant ces passages qu’il faut apprendre à découvrir. Ces chemins où on la découvre véritablement. Ceux où l’on s’y sent chez soi, en confiance. Cette fille était comme cette ville. Elle ne se livrait pas au premier touriste fraichement débarqué. Elle voulait prendre le temps, lascive mais aussi joueuse.

Il avait eu du mal à ne pas s’attacher. Il lui avait promis ses pensées, abandonné ses premières amours. Il s’était montré disponible pour elle. Sans relâche il avait voulu tout savoir d’elle. Ne jurer que par elle. Il n’en voulait pas d’autres. De son côté, elle semblait l’encourager dans sa quête. Elle était réceptive, parfois un peu longue à se décider. Mais elle finissait par répondre présente.

Jusqu’à ce que ce lien devienne trop intime. Cette fille comme cette ville lui renvoyait à la figure sa propension à ne pas s’attacher. Une sorte de punition pour ce garçon qui a toujours eu peur des impasses. Un double créé à son image pour le tourmenter. Quand il avait besoin d’elle, elle ne répondait plus ou bien repoussait les prochains rendez-vous. Il y avait toujours une excuse pour ne pas concrétiser cette union. Il faisait des sacrifices pour elle comme elle semblait l’inviter à le faire mais le moment venu, elle se dérobait à chaque fois. Était-elle aussi effrayée à l’idée de privatiser son image, de perdre des opportunités ?

Alors il se mettait à douter. Il faut que j’aille voir ailleurs, se disait-il. D’autres seront prêtes à m’accueillir. Mais à peine eut-il laissé son esprit vagabonder à quelques infidélités qu’elle revenait à la charge. Un petit message innocent pour lui rappeler son existence, un soleil radieux impromptu pour l’inviter à une balade sur ses berges. Et il craquait, il ne pouvait être autrement. Il avait quelques faiblesses, toutefois elles n’égalaient pas son besoin d’un peu de chaleur. Il s’attachait trop vite, comme pour pallier cette solitude qu’il s’imposait depuis des années.

Il restait néanmoins lucide sur sa condition, comme toujours. Il faudrait faire un choix. Arrêter d’être lâche. La date approchait. Bientôt il saurait.

Guerre et paix.

Il avait longtemps rêvé de grandeur, de victoires, de places fortes prises après des combats acharnés. Il pensait faire partie de cette race de conquérants qui avaient imagés chaque journée de son enfance. Quelques années plus tard, il fallait pourtant se rendre à l’évidence : son sabre émoussé et son fusil chargé à blanc n’avaient pas pu porter son ambition. D’un général voulant dévorer le monde, il était devenu un simple caporal en proie au doute.

Il ne supportait pas les périodes de démobilisation, ces intermèdes où un soldat se retrouve sans campagne à parcourir, sans cité à mettre à sac, sans muraille à saper. Il n’aimait pas ces moments d’inaction où le temps semble se distendre à ne plus vouloir faire bouger les aiguilles de sa montre. Ce qu’il aimait c’était cet instant où les destins se mettaient en marche, quand tout se décide sur une canonnade ou une charge de cavalerie.

Récemment, il avait pourtant trouvé un bel adversaire. Le butin s’annonçait enfin à la hauteur de ses espérances. Pendant plusieurs semaines, il organisa les marches et les opérations. Chaque étape était minutieusement calculée. Chaque bataille était menée avec la même énergie, la même volonté de vaincre. Il essayait de prévoir les coups de son adversaire à l’avance. Il ne voulait laisser aucune place à l’imprévu. Mais l’ennemi était coriace. Elle soufflait le froid quand il attisait le feu et pratiquait la terre brulée quand il voulait l’apaisement. Elle était insaisissable. Il ne remportait que des batailles mineures. Le combat final qu’il recherchait tant lui était constamment refusé. Il fallait s’y résoudre, c’était là sa campagne de Russie. L’endroit où il perdrait bon nombre de ses illusions dans de stériles escarmouches. Il dut battre en retraite, abandonnant sur la glace une partie de lui-même au travers de ces actes manqués.

Les jours qui suivirent furent terribles. Admettre son échec lui était insupportable après avoir effleuré de si près la gloire et le repos d’une paix méritée. Il se retrouvait à nouveau en tête-à-tête avec ses démons. Cette solitude pesante et ces heures d’attente vaine venaient lui rappeler qu’il ne faisait toujours pas partie de cette élite qu’il admirait tant. Il ne faisait pas partie de ce cercle d’élus qui pouvaient se prévaloir d’avoir mis sous leur coupe une nouvelle terre d’Égypte. Devait-il renoncer pour autant accepter cette situation ? Après tout, c’est dans l’adversité que se révèle le talent.

C’est alors que, par un fait du hasard, sa route recroisa celle de cette fille des antipodes qui l’avait charmé il fut un temps. Un savant métissage de territoires que tout oppose mais dont le résultat fut une réussite. Elle réunissait la grâce, l’intelligence, l’exotisme, la volupté. Elle se disait inaccessible, son cœur étant fait du granit le plus solide. Personne n’avait su abattre ses murailles et elle avait enterré l’idée de trouver un jour un officier du génie assez habile pour saper l’ouvrage qui protégeait sa détermination.

Méritait-il encore le titre de capitaine s’il ne résolvait pas à relever ce défi ? Sa décision était prise. Il rassembla les débris de sa fierté et lui fit la proclamation suivante : “Transformer la pierre brute en tissus cardiaque, voilà un objectif qui rendrait malade d’insomnie le plus ambitieux des alchimistes. Madame, je vous déclare la guerre. La mobilisation générale est décrétée. De tous les coins de mon royaume se rassemblent mes armées. Gardez bien vos frontières, ce seront bientôt des flots ininterrompus de conquérants qui les traverseront et qui viendront mettre à sac votre volonté. Je ne signerai quelque armistice que le jour où mes couleurs flotteront comme une étole accrochée à votre cou délicat”. Puis il ajouta, comme pour se rassurer : “Sachez en outre qu’en tant que Français, je trouverai tout autant de gloire, si ce n’est plus, dans la défaite que dans la victoire. Alors, que ce soit la félicité ou ma chute qui se trouve au bout de mon épée, j’en sortirai quoi qu’il arrive gagnant”.

Il mit en branle les différents corps de son armée, bien décidé à remporter cette fois-ci la guerre. Il l’attaquerait d’abord de front, lui révélant ses intentions pour occuper la majeure partie de ses défenses pendant qu’insidieusement ses ailes chercheraient à l’encercler, à l’enlacer. Une fois qu’il l’aura étreinte, il fera le siège de ses pensées jusqu’à ce qu’elle s’abandonne à sa volonté. Alors lui aussi, il fera valoir ses qualités de général au bras de sa terre d’Égypte. La campagne sera longue. Il prévoie du fourrage et des munitions pour de longues semaines. Le Rubicon a été franchi, il faut maintenant se mettre en ordre de bataille.

Job à temps plein.

Si on lui avait dit il y a dix ans de cela qu’aujourd’hui il vendrait des appartements, il aurait probablement souri et trouvé l’idée ridicule. Dans sa tête, il aurait dû plutôt se trouver au pied d’une pyramide à déblayer le sol, espérant trouver un quelconque artefact griffé de quelques hiéroglyphes. Il fallait pourtant se rendre à l’évidence. D’un voleur de trésors, il était devenu un voleur tout court. A tout le moins, c’était ce qu’on lui disait à longueur de journée. Il était donc arrivé là un peu hasard, la vie l’ayant guidé après plusieurs choix qui  ne s’avérèrent pas payants. Il avait dû troquer la panoplie d’archéologue pour celle de commercial. Il aimait ce travail d’agent immobilier autant qu’il le détestait, à chaque pour les mêmes raisons : les gens et ce que ce job lui apprenait sur la vie.

Il aimait les gens. Il était fasciné par la société, bien qu’il eût souvent du mal à trouver sa place. C’est d’ailleurs probablement pour cela qu’il éprouvait pour elle un tel intérêt. Il n’était pas une fourmi participant à l’élaboration de la res publica. Il avait toujours senti que sa place était celle de l’entomologiste devant son terrarium, observant attentivement sa fourmilière avec tout le recul et l’objectivité qui sied au scientifique. Il ne voulait pas juger ni critiquer, mais simplement comprendre. Il aimait tenter de s’immiscer dans la tête des autres pour savoir ce qui les motivait et trouver le moyen de rendre leurs vies meilleures, ou bien plus supportables.

Bien qu’il eût les meilleures intentions du monde, il était néanmoins constamment confronté à la méfiance de ces mêmes gens. Tous faisaient partie de la même société, mais pas du même clan. Il fallait toujours se battre pour se faire accepter, et même quand il arrivait à franchir les premières barrières du groupe, il devait faire face à ces personnes qui ne respectent pas la parole donnée, qui se défilent, qui vous font un sourire pour vous poignarder une fois le dos tourné. Mais comme tout bon scientifique qui se respecte, il savait qu’il ne pouvait pas mettre un terme à l’expérience simplement parce qu’elle ne se déroulait pas selon ce qu’il avait prévu. Non. Il devait encore et toujours observer ses fourmis laborieuses et apprendre d’elles.

Puis il y avait cette autre chose qu’il aimait et détestait tant dans son métier : la leçon de vie qu’il recevait chaque matin au réveil intitulée “rien n’est acquis”. Il connaissait bien le refrain pour avoir eu son lot de galère, comme tout un chacun. Mais se l’entendre répétée chaque jour au petit déjeuner était tout autant un bienfait qu’un supplice. Chaque fois qu’il pensait avoir remporté une bataille, une défaite venait lui rappeler que ce n’est qu’à la fin du spectacle que l’on fait les comptes. Il n’avait pas le droit de se reposer sur ses lauriers, même s’il avait tout fait pour que les choses réussissent. Son travail reposait sur l’humain, et l’humain n’est pas fiable. Un oui pouvait facilement devenir un non quelques heures plus tard. Une promesse de signature ne valait pas une signature. Gravir les marches de la scène tel une rock star n’avait aucun sens si, au moment de vociférer votre chanson dans le micro, une coupure de courant venait mettre un terme brutal à votre représentation.

Rien n’est acquis dans la vie. L’entendre tous les jours était une bénédiction car ces piqures quotidiennes venait lui rappeler qu’il fallait constamment se battre pour conserver les choses qu’il aimait. Mais c’était aussi un fardeau car il savait pertinemment que tout ce qu’il construisait était voué à disparaitre un jour où l’autre. Il n’était que de passage sur ce monde, une chose insignifiante. Alors autant profiter de ses plaisirs avant qu’il ne vienne à s’éteindre.

Pop corn

C’était une erreur de débutant, mais il l’avait faite en toute connaissance de cause. Emmener une fille au cinéma pour un premier rendez-vous, c’était une chose à ne pas faire. Deux heures pendant lesquelles l’échange serait limité, deux heures de perdues. Mais il voulait la voir et ne voulait pas laisser trainer les choses. Elle était mignonne et le contact passait plutôt bien. Il avait pris le risque.

Elle était d’origine indienne. Ses longs cheveux noirs, Ses grands yeux marrons foncés dans lesquels il ne se lassait jamais d’y plonger les siens, ce nez busqué typique, cette peau brune et sa pilosité plus prononcée que la moyenne trahissaient sans conteste son patrimoine génétique. Elle était belle. A tout le moins elle l’était pour lui. Un mètre soixante-deux, peut-être soixante trois, 48 kilos, ses très légères rondeurs la rendait appétissante. Elle était loin d’être timide et la conversation s’engagea facilement. Ils firent connaissance le long du chemin pour le cinéma et échangèrent notamment sur des lieux où ils habitèrent à quelques années d’intervalle.

Ils choisirent d’aller voir un film de super héros. Une histoire typique où un boy next door à la vie insignifiante devient du jour au lendemain l’espoir de tout un peuple. L’histoire aussi d’un amour souvent impossible quand les responsabilités l’emportent sur l’intérêt particulier. Ils partagèrent un paquet de pop corn sucrés, rirent et passèrent un bon moment.

Après la séance, ils décidèrent de ne pas en rester là et retournèrent en centre ville pour finir la soirée devant un verre ou deux. Ce furent finalement cinq shooters chacun. Ils partirent à la fermeture de ce bar renommé de la Presqu’île et du fait de l’heure tardive, c’est à pied qu’ils prirent le chemin de son logement. Quarante minutes de marche furent nécessaire pour y arriver. Une fois chez lui, ils s’allongèrent devant un autre film, une comédie belge. Elle prit plusieurs gorgées de cet alcool mentholé si sucré dont elle raffolait. Il se contenta d’un peu d’eau, pensant qu’il aurait à la ramener une fois la projection privée terminée.

Finalement, elle s’endormit quelques minutes avant la fin du film, pendant qu’il lui passait la main dans sa longue chevelure de jais. Il ne voulut pas la réveiller et lui laissa son lit. Elle se réveilla neuf heures plus tard. Il dormit beaucoup moins, se réveillant à de nombreuses reprises pour voir si elle était toujours profondément assoupie et posa une couverture sur elle afin qu’elle ne prenne pas froid. Elle finit par partir un peu plus tard, après avoir bu un thé au miel pour soulager sa gorge souffrante. Il l’accompagna sur une partie du chemin jusqu’au tramway et l’abandonna à un croisement. Ils se dirent au revoir. Elle se retourna après avoir fait quelques pas puis continua sa route.

Comme pour le super héros dont il avait entrevu les exploits sur une toile quelques heures plus tôt, tous ses talents n’avaient pas suffit. Même s’il avait su révéler au maximum son bon côté, il n’avait pas su retenir la belle. Quand les responsabilités passent avant l’intérêt personnel.

Right where it belongs

C’était peut-être le climat qui le voulait. Les corps qui se dénudent, la chaleur accablante qui nous oblige à prendre le frais et à nous désaltérer, le moral qui revient avec le soleil qui se fait plus entreprenant. Il avait multiplié les rencontres ces dernières semaines. Toutes plus différentes les unes des autres. Cet été était particulièrement riche en surprises. Ça tombe bien, c’était ce qu’il recherchait.

Il y avait eu d’abord cette fille d’Ardèche. Engagée politiquement, pas vraiment du même du bord que du sien. Elle pouvait se prévaloir de se trouver dans le camp du vainqueur. Elle ne se priva pas d’en jouer, soufflait le chaud et le froid constamment, paraissait s’amuser et s’ennuyer à la fois. Lui qui était pourtant plutôt doué pour rentrer dans la tête de son interlocuteur, il avait passé sa soirée à revoir ses conclusions toutes les dix minutes. Blonde, un mètre soixante, des légères rondeurs avantageusement placées, elle avait apprécié le repas qu’il avait confectionné au débotté. Elle parlait de manière très libérée et n’hésitait pas à vivre ses envies comme il le lui plaisait. Et pourtant elle gardait toujours une certaine distance avec lui, rendant ses intentions encore plus énigmatiques. Il finit par se lasser et à se décider à la ramener là où elle avait prévu de dormir initialement, chez un de ses amis. Au passage, l’esprit un peu perdu par cette soirée spéciale, il accrocha un autre véhicule lors d’une manœuvre. La soirée cauchemardesque prit fin sur une énième promesse déçue de la demoiselle, sa volonté de le revoir le lendemain n’étant pas tenue.

Il y eu ensuite cette fille de Grenoble. Il savait pertinemment qu’il ne supportait pas les relations à distance. Toute sa vie il avait fui les contraintes pour aller là où la frustration et l’ennui ne se trouvaient pas. Il avait pourtant accepté de la voir durant un après-midi lyonnais. C’était un petit bout de femme, une chevelure noire qui ressemblait à la crinière d’un lion. Il aimait chez elle son sourire, sa franchise, sa bonne humeur. Elle était à son goût. Ils se virent à trois reprises, chaque fois sachant tous deux qu’il ne se passerait rien tout en espérant que quelque chose arrivât. Lors de ce dernier rendez-vous il se fit plus pressant, essaya d’arracher quelque chose. En vain. Elle ne s’offrirait pas sans certitudes, il ne lui aurait pas offert de certitudes sans un galop d’essai. Leur rencontre prit fin dans une rame de métro, elle sur le quai, lui emporté par la machine. Un signe de la main de ce dernier et de la déception dans leurs regards fut leur dernier échange.

Il y eut ensuite cette prof de collège. Plus âgée que lui, légèrement plus grande. Elle était longiligne, les cheveux noirs mi-longs, la peau qui bronzait en laissant apparaître des tâches de rousseur. Elle avait été stricte dès qu’ils décidèrent de se donner rendez-vous : il ne se passerait rien d’autre que le partage de quelques verres. Il ne chercha pas à discuter puisqu’il n’avait aucun objectif à part celui de passer une bonne soirée. Il prit un malin plaisir à lui faire croire qu’il ne supportait pas la fumée à chaque fois qu’elle allumait une cigarette. Ils discutèrent de tout, il appréciait sa liberté de ton. Après que chacun eut payé sa tournée, ils décidèrent d’aller boire un dernier verre chez elle, sans que rien ne se produirait, répétait-elle à l’envi. Il y en eut plusieurs finalement. Et il rentra chez lui vers quatre heures du matin, non sans que finalement elle cédât d’elle-même sans jamais qu’il n’insiste. Fallait-il imputer cela aux effets de l’alcool ? Il s’en fichait, il avait passé une bonne soirée.

Un peu plus tard, il croisa la route de cette néo-lyonnaise, une blonde exubérante avec qui il prit plaisir à échanger sur le net. La rencontre se fit rapidement et se déroula dans la continuité de leurs précédents échanges. Ils commencèrent par se balader dans la ville. Il lui fit découvrir des subtilités architecturales et des anecdotes historiques. Ils mangèrent ensemble. Ils rirent. Il la raccompagna à sa voiture et se promirent de s’écrire le temps qu’elle rentre de vacances. Elle ne sembla pas si pressée que cela finalement de lui donner de ses nouvelles.

Il rencontra plus tard cette petite brune à la silhouette sportive. Ancienne skieuse de compétition, passionnée de danse. Elle dégageait beaucoup de force et d’assurance. En plus d’être mignonne, elle avait aussi la tête bien faite. Ingénieur, elle savait utiliser le cerveau qui se cachait derrière ses beaux yeux verts. Elle était indépendante, ouverte, déterminée. Il était sous le charme, mais savait qu’il serait dur de concilier son agenda avec le rythme de vie de la jeune fille qui était toujours occupée, jamais disponible. Il s’en fichait, il voulait la revoir. Le reste viendrait plus tard.

Comme un soir d anniversaire.

Depuis qu’il avait 11 onze ans, il avait mis un terme aux soirées d’anniversaires entre amis. Il n’appréciait pas que des gens se regroupent en son honneur pour lui apporter des cadeaux, mérités ou non. Il n’aimait pas que toute la lumière se focalise sur lui. Et il n’aimait pas imposer aux gens de lui consacrer du temps. C’était pourtant stupide. Si ces gens étaient ses amis, c’est qu’ils étaient prêts à passer un moment avec lui. Mais c’était trop fort et même à 29 ans obtenus dans la journée, il avait encore du mal avec cela.

Cependant, il était seul. Et il n’était jamais à un paradoxe prêt. Il avait besoin d’être entouré sans forcément interagir avec les autres. Juste d’être présent parmi eux. Comme le cameraman dans l’émission Strip-tease. Un observateur de son époque, quelqu’un qui fait partie du décor, qui regarde les et les dissèque  sans qu’ils s’en aperçoivent. Ce soir c’était décidé, il ne passerait pas sa soirée d’anniversaire seul. Mais avec qui ? En aucun cas il ne voulait quelque chose d’organisé en groupe. Il voulait simplement passer la soirée avec quelqu’un. Une fille.

Il avait pensé en inviter quelques unes, mais toutes firent défection où bien ne se montrèrent pas intéressées. Il avait alors pensé à elle. Un profil sans photo, une description correcte mais pas non plus transcendante. Elle devait lui mettre dix centimètres de hauteur dans la vue. Bref, pas vraiment la fille idéale avec qui passer une soirée à deux. Pourtant, elle avait su garder son attention grâce à leurs discussions sans queue ni tête, toujours légères et jamais sérieuses. Au final, après avoir dialogué pendant 2 semaines avec elle, il s’aperçut qu’il ne savait rien d’elle. Mais cela ne voulait pas dire pour autant qu’elle semblait inintéressante. Elle savait parfaitement ce qu’elle disait et de ce fait, elle gardait une certaine part de mystère. Elle lui avait raconté son rendez-vous raté de la veille. Cela l’avait définitivement piqué au vif. Il voulait savoir. C’était plus fort que lui. Tant pis pour les principes : jolie ou moche, il aurait au moins sa part d’aventure. Il lui avait donc proposé au détour d’un autre échange totalement décousu de se rencontrer ce soir là et d’aller boire un verre. Elle avança quelques arguments pour éviter de sortir mais finalement sa curiosité prit vite le dessus et elle accepta la rencontre.

Ils se croisèrent quelques heures plus tard à la bouche d’un métro dans un endroit plutôt jeune. Le soir prenait pour de bon le pas sur l’après-midi mais le Soleil ne s’avouait pas vaincu pour autant et il brillait encore dans un coin du ciel. L’air était chaud et devenait moins irrespirable que durant la journée. La journée avait été bonne pour lui et il arriva totalement détendu au rendez-vous, sans aucune appréhension sur le fait de ne pas savoir à quoi il ressemblait. Il s’en contrefichait de toute façon. Il voulait passer un bon moment pour son anniversaire, qu’importe le reste.

Elle était donc plus grande que lui. Elle avait de longs cheveux bruns fins et raides qu’elle coiffait avec une raie sur le côté gauche, une mèche venant recouvrir en partie son front. Elle était élancée, une peau claire qui semblait pouvoir bronzer un peu. Des yeux marrons qui laissaient apparaitre des lentilles de contact. Elle avait cette démarche très caractéristique de ces femmes savent jouer de leurs charmes sans en montrer trop. Ces femmes libérées qui s’assument mais qui ne s’offrent pas comme cela. Elle restait très naturelle pour autant, sans aucun artifice.

Ils s’assirent à la terrasse d’un café un peu branché. Elle fit preuve d’une attention plus que louable en lui offrant un gros paquet de Smarties en guise de gâteau d’anniversaire. Il apprécia ce geste et, au-delà, l’imagination tout en simplicité dont elle avait fait preuve. Il aimait énormément ces moments improvisés où un repas fait à la va-vite devient un menu gastronomique, où un départ précipité pour nulle part devient un instant privilégié. Elle se montra réceptive à son humour, ses lèvres esquissant toujours au moins un léger sourire. Il fut frappé par son regard. Ses yeux chocolat le fixaient. Elle voulait le cerner tout autant que lui le désirait. Elle ne voulait rien laisser échapper, elle affrontait sans sourciller ce combat. Elle avait confiance en elle. Il aimait son audace. Il ne s’était pas trompé sur elle. La légèreté de leurs conversation cachait bien une personnalité plus complexe, sachant captiver son auditeur et trouver les bons mots en toute situation.

Le temps passa rapidement. Deux bières et deux heures trente plus tard, il fallait bien se séparer. Elle travaillait le lendemain et devait préparer son boulot. Il remarqua cependant qu’elle ne le quitta pas dans la précipitation. Elle prit le temps d’aller jusqu’à la bouche de métro. Elle lui dit avoir passé un bon moment en sa compagnie. Il savait qu’elle ne mentait pas. Il lui dit la même chose. Ils ne se promirent pas de se revoir, mais ils insistèrent sur le fait de repasser un peu plus tard un moment ensemble. Il savait néanmoins que tout cela n’était que des mots, et qu’il faudra attendre pour avoir des actes. Il attendrait le temps qu’il faudra. Il avait été charmé. Au pire, il aura passé l’une des belles soirées d’anniversaire de sa vie.

Paradoxe.

Avec elle, il s’était très vite aperçu que le si le feeling semblait avoir été au rendez-vous, il faudrait s’en tenir là. Il avait reconnu chez elle cette détermination à se tenir à ses principes. Elles les aimaient bien bâtis. Malheureusement, ce n’était pas une qualité dont il pouvait se vanter. Elle avait pourtant beaucoup parlé. Elle s’était montrée plutôt réceptive à son humour. Elle ne fuyait pas le regard. Mais elle n’était pas non plus là pour partir à l’aventure avec le premier venu. Adepte du “tout ou rien”, c’était une demoiselle exigeante avec soi-même et avec les autres. C’était peut-être cette exigence qui l’avait poussée à être en rupture avec sa famille et à privilégier de rares et forts liens amicaux plutôt qu’une foultitude de connaissances aux relations souvent peu sincères.

Toutefois, elle n’était pas à un paradoxe prêt. En quelque sorte, “tout ou rien” mais en transformant le tout en rien et le rien en tout par moment. Très bonne communicante, elle disait pouvoir vendre beaucoup de choses mais elle se sentait incapable de se vendre elle-même. Elle avait d’ailleurs du mal à comprendre l’attrait qu’elle pouvait exercer sur les garçons. Elle était pourtant bien habillée, mettant habilement ses formes féminines en valeur par des vêtements plutôt moulants. Elle n’encombrait pas inutilement son visage de maquillage, laissant ses yeux clairs faire le nécessaire pour elle. Jolie sans être belle, plantureuse sans être ronde, elle ne se doutait pas qu’elle pouvait représenter ce que les hommes recherchent chez leur moitié. Une femme avec laquelle ils se sentent bien. Pas celle pour laquelle ils culpabiliseront toute leur vie parce qu’ils l’imaginent trop belles pour eux et dont ils seront toujours prêt à exécuter les moindres désirs comme pour la remercier de faire l’effort de rester avec eux. Elle avait aussi cette assurance et cette fraicheur qui font que quoi qu’il arrive, on passerait toujours un agréable moment en sa compagnie.

Mais ce n’était pas ce qui l’avait frappé le plus chez elle. C’était surtout le fait d’avoir une personnalité assez proche de la sienne. Elle éprouvait un certain goût pour la solitude, le fait de n’avoir besoin que de quelques amis vraiment fidèles. Elle ne courrait pas après les mondanités et préférait travailler dans l’ombre. Et en même temps elle éprouvait une certaine souffrance de n’avoir personne sur qui se reposer, avec qui partager les bons comme les mauvais moments. Il ressentait un peu comme elle ce tiraillement entre le besoin d’avoir sa bulle dans laquelle souffler et laisser son esprit vagabonder, et puis ce besoin d’avoir quelqu’un qui vous accompagne, qui vous envoie balader quand vous êtes imbuvables, qui vous félicite quand vous avez bien travaillé. Les humains, ces animaux sociaux qui ont besoin de se voir dans le regard de l’autre pour exister.

Il avait beaucoup appréhendé le moment où ils se quitteraient. Il avait vraiment apprécié ce moment en sa compagnie et savait pertinemment que ce moment serait le dernier. Il avait aimé la découvrir et aurait volontiers pris d’autres verres avec elle pour en savoir un peu plus. Ses paradoxes la rendait bien plus attirante que ce qu’elle pouvait bien imaginer. Elle avait une personnalité très difficile à disséquer et c’est ce qui lui plaisait en elle. Il prenait toujours plaisir à essayer de comprendre les mécanismes qui pouvaient pousser cette fille à avoir une envie folle d’une barre chocolatée qu’elle abhorrait pourtant. Malheureusement, il fallait bien rentrer et l’heure du dernier métro approchait à grand pas. Il continua de discuter avec elle, comme si de rien n’était, profitant de ces derniers instants jusqu’au terminus. Ils se dirent cet “au revoir” tellement maladroit, celui qui signifie adieu et qui tranchait pourtant avec la franchise dont la jeune fille avait fait l’un de ses principes. Encore l’un de ses paradoxes, se dit-il en la regardant monter les escaliers.

Comme une partie de poker.

Cette rencontre avait été la plus surprenante de toute. Il avait d’abord commencé à faire connaissance d’une demoiselle sur Internet. Au fil de la discussion par claviers interposés, il la découvrit très fleur bleue, à la recherche d’un nouvel amour après une relation de longue durée qui venait de s’effondrer avec fracas. Le genre de filles avec lesquelles tu ne sais jamais sur quel pied danser parce qu’elles ne savent pas ce qu’elles veulent. Sont-elles là pour vraiment rencontrer quelqu’un ou bien juste se remémorer les réflexes et les bases de la séduction avant de partir un peu plus tard à la chasse, quand elles se sentiront un peu plus armées et en confiance ? Bref, quand il avait compris qu’il ne pourrait pas en tirer grand chose, il avait fini par abandonner et passer à autre chose.

Quelques temps plus tard, il fit la connaissance de la cousine. C’est elle qui vint l’aborder. Il ne l’aurait pas fait de lui-même de toute façon : pas de photos, un profil à peine rempli. Pas de quoi partir à l’aventure. Elle commença la conversation en jouant la carte du mystère. Elle essaya de lui faire découvrir quelle était la personne qu’ils avaient en commun. Comme il n’aimait pas trop les devinettes, il rentra dans la partie sans grand enthousiasme, sachant qu’il finirait bien par trouver la réponse. Il remarqua quelque chose de bien plus intéressant : elle semblait beaucoup plus joueuse que sa cousine. Il essaya donc de la tester, de voir quelles étaient ses limites. Elle était néanmoins sur ses gardes. Plus âgée que lui, elle donnait l’impression de ne pas vouloir prendre trop de familiarité avec ce minot qui au final n’était pas une cible potentielle pour elle. La discussion prit donc rapidement fin, non sans qu’il ne plaçât un petit “j’ai gagné” à la fin de la conversation, histoire d’avoir le dernier et de vérifier qu’elle avait bien la fibre taquine.

Ils ne se parlèrent pas pendant quelques jours puis il la relança. Très rapidement, le dialogue repartit et il voyait bien qu’elle prenait beaucoup de plaisir à discourir avec lui. Assez naturellement, ils finirent par s’échanger les numéros de téléphone. Elle avait la voix chaude, une voix de poitrine entretenue à la cigarette, un peu comme celle dont les hommes adeptes des téléphones roses ne peuvent se passer. Il avait commencé à examiner qu’elles étaient les possibilités que cette rencontre pouvait lui offrir et plaça quelques piques par-ci par-là. Elle lui avait bien fait comprendre qu’il était trop jeune pour elle et qu’il ne se passerait rien entre eux au delà de la consommation en commun de quelques bière dans un café, ce qu’ils finirent par faire malgré tout.

Elle était un peu plus petite que lui. Ni fine ni ronde. Une fille de 32 ans bonne vivante qui ne refusait pas les petits plaisirs de la vie. Elle ressemblait beaucoup à sa personnalité : seulement quelques tabous, plutôt ouverte, pas vraiment à la mode, épicurienne, pas prise de tête. La “casual” girl typique. Étant tous les deux d’une nature plutôt cool et décontractée, ils passèrent une soirée sympathique et se promirent de se revoir rapidement, mais pas avant une grosse semaine puisque la dame devait partir en vacances trois jours plus tard.

Il ne répondit pas à ses messages le lendemain, il attendit qu’elle le rappelât. Ce qui ne mit pas beaucoup de temps à se produire. Elle voulait simplement lui dire un petit coucou, ils raccrochèrent au bout de 25 minutes. Le surlendemain, elle lui proposa un peu par défi se revoir dans la soirée avant qu’elle ne parte le jour suivant pour son escapade en Tunisie. Vu qu’il était d’un naturel très aventureux, il acquiesça, forcément. Rendez-vous fut pris chez lui, pour un apéro post-dîner. Ils burent quelques bières, regardèrent quelques programmes débilisants en rigolant. Au beau milieu de la nuit, quand elle proposa de rester chez lui, elle savait bien qu’ils leur faudrait partager son petit lit en 90 pour dormir. Finalement, ils partagèrent bien plus.

La vie était souvent surprenante, comme une bonne partie de poker.

Une chanson.

Il avait découvert cette chanson un peu par hasard. En allant sur internet, en lisant les pages d’un blog sans réel objectif. C’était un groupe qu’il connaissait, qui lui plaisait sans le transcender. Il avait appuyer sur le bouton. En général il lui fallait plusieurs écoutes pour vraiment se laisser charmer par une chanson. Mais il fut directement pris aux tripes cette fois là. Un orchestre symphonique, des guitares électriques, des instruments plus expérimentaux. Ce genre de cocktail qui demande une véritable maîtrise pour que tout s’accorde à la perfection.

Elle avait fini par le hanter, comme une drogue dont on ne peut se passer. Ce genre de drogue qui vous fait rencontrer les sommets et qui ne dure jamais assez longtemps, vous laissant si mal de retrouver la banalité de votre existence quand ses effets disparaissent. D’abord dans un tempo lent, le temps que tout se mette en place, que votre attention soit entièrement captée par ce rythme pourtant simple mais terriblement mélodique qui va peu à peu s’envoler crescendo avec l’ajout d’instruments comme dans le Boléro de Ravel. Un final épique pour lequel vous ne savez pas si vous avez envie de pleurer parce que votre cerveau inonde votre corps de dopamine, ou bien parce qu’elle vous évoque cette mélancolie si cruelle. En un instant elle résume toute l’histoire de votre vie : des moments de gaieté intense côtoyant ces instants de tristesse profonde. Des (très) hauts et des (très) bas.

Le hasard faisant bien les choses, cette découverte coïncida avec la rencontre de cette fille. Le même contexte en web 2.0, au hasard des pages d’un site de rencontre. Elle lui paraissait mignonne sans être la plus jolie, intéressante sans être la plus captivante. Il lui semblait connaître la chanson par cœur. Ils avaient d’abord échangé par internet et il s’était pris au jeu de leurs conversations sans queue ni tête. Rapidement il eut le besoin d’en savoir plus, maintenant que le rythme de cette musique s’était installé et avait pris le contrôle de son esprit.

Ils se rencontrèrent deux jours plus tard après ce premier contact. Il avait une certaine appréhension logique. L’habitude de ces récitals qui commencent si bien pour finir dans une approximation si décevante. Ces promesses rarement tenues. Cependant, ces a priori furent rapidement balayés comme les nuages durant un orage d’été. Elle lui plaisait de plus en plus au fur et à mesure que les instruments prenaient leur place dans la progression de la symphonie. Il l’avait fait rire à de nombreuses reprises et il ne se lassait pas de voir sa bouche pulpeuse se contraindre et s’ouvrir à chaque sourire. Elle était stressée, enchainant les cigarettes contrairement à son habitude, mais ne croisant jamais les bras. Elle ne semblait pas dans une attitude de refus. Peut-être elle aussi voulait savoir jusqu’où la mènerait la chanson.

Il dut se résoudre à la quitter à contrecœur. Il essaya de la retenir mais elle devait rentrer chez elle avant qu’il ne soit trop tard. Foutu jour de semaine. Il l’accompagna à l’arrêt de son bus et quand celui-ci s’arrêta pour l’arracher à cette rencontre, elle lui fit la bise en posant sa main sur son bras. Victoire ou simple manifestation de l’esprit d’ouverture qu’il avait décelé chez elle ? La réponse fut rapide à arriver : perdu. Elle ne le recontacta pas d’elle-même, et quand il essaya d’attirer son attention, ses réponses furent plus courtes qu’à l’accoutumée, quand elles n’étaient pas absentes.

Il ne pouvait en finir autrement. Cette fille était comme cette chanson, une allégorie de la vie. Ce résumé si bref de 80 ans d’existence en 5 minutes ou le temps de boire une bière en terrasse. Une vie remplie de ces moments qui vous prennent aux tripes, pour lesquelles vous ne savez pas si vous devez pleurer de joie ou de tristesse. Ces moments où vous vous sentez invincibles et où vous vous retrouvez la tête dans le caniveau en l’espace d’un battement de cil. Ces moments où vous vous sentez vivants.

Retour à l’envoyeur.

Pour une fois, c’était lui qui avait dû endurer la présence d’un être solitaire à ses côtés. D’habitude, c’était lui qui se faisait gentiment enguirlander par ses ex-conquêtes parce qu’il ne donnait pas de nouvelles, ne disait pas s’il aimait ou pas telle ou telle chose, ne proposait pas de venir passer la soirée ensemble. Pour lui, ce ne voulait pas dire qu’il ne tenait pas à l’autre. C’était qu’il ne voulait pas s’imposer. Il ne souhaitait pas trop se livrer. Et puis il estimait qu’il n’avait pas grand chose d’intéressant à dire, alors, pourquoi embêter quelqu’un avec tout cela ? En outre, si l’autre avait envie de le voir, pourquoi faire tant de manière ? Elle n’avait qu’à l’appeler. Il lui avait bien dit à plusieurs reprise que ça lui faisait plaisir de la voir.

Jusqu’au jour où il rencontra celle qui devait être probablement son “soi” au féminin. Une fille au teint blafard un peu renfermée sur elle-même, ne refusant pas le contact avec les autres mais ne le provoquant pas naturellement non plus. Une fille pas douée pour le relationnel, ayant débarqué dans le vrai monde des adultes -celui où l’on prend conscience du sens de la distinction homme/femme - sur le tard.

Ce fut désormais à son tour d’être celui qui propose, celui qui donne des nouvelles, celui qui anime les débats pour rompre les silences parfois un peu ennuyeux. Il comprit alors un peu plus combien l’homme est un animal social. Il se construit par rapport à l’autre, à la place qu’il se construit dans la société en voyant son reflet dans les yeux de l’autre. Il a besoin d’être rassuré par les paroles de ceux qui comptent pour lui. De se sentir exister, tout simplement.

Et puis cette fille finit par disparaitre un peu mystérieusement comme elle est arrivée : sans donner de nouvelles. Avait-elle eu peur de s’engager dans quelque chose ? Avait-il fait quelque chose qui lui avait déplu ? Il ne le saura jamais. Mais ce mois passé en sa compagnie lui aura bien servi de leçon.