La vie de l'impetueux Capitaine Flirt. En vrai.

Un jour, on nait. Et puis un jour, on a compris qu'on s'etait plante dans le point de depart. Et alors on nait encore une fois. Mais la, c'est mieux.

Une chanson.

Il avait découvert cette chanson un peu par hasard. En allant sur internet, en lisant les pages d’un blog sans réel objectif. C’était un groupe qu’il connaissait, qui lui plaisait sans le transcender. Il avait appuyer sur le bouton. En général il lui fallait plusieurs écoutes pour vraiment se laisser charmer par une chanson. Mais il fut directement pris aux tripes cette fois là. Un orchestre symphonique, des guitares électriques, des instruments plus expérimentaux. Ce genre de cocktail qui demande une véritable maîtrise pour que tout s’accorde à la perfection.

Elle avait fini par le hanter, comme une drogue dont on ne peut se passer. Ce genre de drogue qui vous fait rencontrer les sommets et qui ne dure jamais assez longtemps, vous laissant si mal de retrouver la banalité de votre existence quand ses effets disparaissent. D’abord dans un tempo lent, le temps que tout se mette en place, que votre attention soit entièrement captée par ce rythme pourtant simple mais terriblement mélodique qui va peu à peu s’envoler crescendo avec l’ajout d’instruments comme dans le Boléro de Ravel. Un final épique pour lequel vous ne savez pas si vous avez envie de pleurer parce que votre cerveau inonde votre corps de dopamine, ou bien parce qu’elle vous évoque cette mélancolie si cruelle. En un instant elle résume toute l’histoire de votre vie : des moments de gaieté intense côtoyant ces instants de tristesse profonde. Des (très) hauts et des (très) bas.

Le hasard faisant bien les choses, cette découverte coïncida avec la rencontre de cette fille. Le même contexte en web 2.0, au hasard des pages d’un site de rencontre. Elle lui paraissait mignonne sans être la plus jolie, intéressante sans être la plus captivante. Il lui semblait connaître la chanson par cœur. Ils avaient d’abord échangé par internet et il s’était pris au jeu de leurs conversations sans queue ni tête. Rapidement il eut le besoin d’en savoir plus, maintenant que le rythme de cette musique s’était installé et avait pris le contrôle de son esprit.

Ils se rencontrèrent deux jours plus tard après ce premier contact. Il avait une certaine appréhension logique. L’habitude de ces récitals qui commencent si bien pour finir dans une approximation si décevante. Ces promesses rarement tenues. Cependant, ces a priori furent rapidement balayés comme les nuages durant un orage d’été. Elle lui plaisait de plus en plus au fur et à mesure que les instruments prenaient leur place dans la progression de la symphonie. Il l’avait fait rire à de nombreuses reprises et il ne se lassait pas de voir sa bouche pulpeuse se contraindre et s’ouvrir à chaque sourire. Elle était stressée, enchainant les cigarettes contrairement à son habitude, mais ne croisant jamais les bras. Elle ne semblait pas dans une attitude de refus. Peut-être elle aussi voulait savoir jusqu’où la mènerait la chanson.

Il dut se résoudre à la quitter à contrecœur. Il essaya de la retenir mais elle devait rentrer chez elle avant qu’il ne soit trop tard. Foutu jour de semaine. Il l’accompagna à l’arrêt de son bus et quand celui-ci s’arrêta pour l’arracher à cette rencontre, elle lui fit la bise en posant sa main sur son bras. Victoire ou simple manifestation de l’esprit d’ouverture qu’il avait décelé chez elle ? La réponse fut rapide à arriver : perdu. Elle ne le recontacta pas d’elle-même, et quand il essaya d’attirer son attention, ses réponses furent plus courtes qu’à l’accoutumée, quand elles n’étaient pas absentes.

Il ne pouvait en finir autrement. Cette fille était comme cette chanson, une allégorie de la vie. Ce résumé si bref de 80 ans d’existence en 5 minutes ou le temps de boire une bière en terrasse. Une vie remplie de ces moments qui vous prennent aux tripes, pour lesquelles vous ne savez pas si vous devez pleurer de joie ou de tristesse. Ces moments où vous vous sentez invincibles et où vous vous retrouvez la tête dans le caniveau en l’espace d’un battement de cil. Ces moments où vous vous sentez vivants.